L’inquiétude au front
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Reportage, Paris, France, 2024
Manifestation de soutien au Nouveau Front Populaire, le 15 juin 2024
Manifestation de soutien au Nouveau Front Populaire, le 15 juin 2024
Le 15 juin 2024, j’ai mis dans mon sac photo, des masques jetables, des gouttes de collyre et des lunettes de piscine avant de me rendre à la manifestation de soutien au Nouveau Front populaire . En filant vers le cortège, je pensais vivre l’acte deux de la marche historique des gilets jaunes à Paris; jour mémorable où j’avais finis nassé avec un bout de la France, dans le centre, les yeux rougis par les nuages de lacrymogène. Après une échappée par un trou de filet, j’avais slalomé entre des poubelles entassées depuis des jours et des barrages en feu dans les beaux quartiers de la ville. Une énergie violente et cathartique chargeait l’air, ça sentait le brûlé, la fin d’époque.
Comme le souvenir du 23 mars 2023 m’habitait encore, dans les rangs des manifestant. e. s présents le 15 juin, j’ai cherché fébrilement et avec une certaine candeur, des résistants, des maquisards. Avançant dans la foule éparse, j’ai désiré un peuple prêt à saisir son kairos mais ne trouvais sur les visages que le reflet de mon propre doute, de mon propre égarement. Alors quand je suis rentré chez moi avec cette série de photos j’ai écrit un premier texte pour exorciser ma déception. J’y établissais un portrait-robot détaillé et à charge d’une certaine gauche, qui trahit toujours les opprimés, ultime responsable de la prolifération de la violence.
Avec le recul, je vois un peu mieux maintenant ce que ces photos pourraient montrer. Il s’agirait de nombreux visages, composant des gauches différentes.
Comme le souvenir du 23 mars 2023 m’habitait encore, dans les rangs des manifestant. e. s présents le 15 juin, j’ai cherché fébrilement et avec une certaine candeur, des résistants, des maquisards. Avançant dans la foule éparse, j’ai désiré un peuple prêt à saisir son kairos mais ne trouvais sur les visages que le reflet de mon propre doute, de mon propre égarement. Alors quand je suis rentré chez moi avec cette série de photos j’ai écrit un premier texte pour exorciser ma déception. J’y établissais un portrait-robot détaillé et à charge d’une certaine gauche, qui trahit toujours les opprimés, ultime responsable de la prolifération de la violence.
Avec le recul, je vois un peu mieux maintenant ce que ces photos pourraient montrer. Il s’agirait de nombreux visages, composant des gauches différentes.
Des visages prêtés à des groupes présentés dans la lutte comme « les immigrés », « les étudiant. e. s », « les artistes », « les militant. e. s », « les syndicalistes », « les membres d’ONG » ; chaque collectif charriant ses mots d’ordre, ses angles morts et ses désillusions, toujours tendus vers une union de circonstance imposée par l’ennemi politique quand ils aimeraient plutôt vivre pleinement la vitalité du disensus.
Comme elle suivait sans trop se mélanger, les chars d’organisations aux prérogatives diverses, la cohorte réunissait des Français. e. s aux trajectoires et aux histoires bien différentes. Ainsi vouloir brosser un portrait unifié et englobant de cette masse de marcheurs temporairement solidaires m’apparut in fine comme un effort destiné à échouer. Si l’échantillon d’un peuple de gauche était présenté ce jour-là, il se montrait volatile, composite, gazeux.
Si l’on parle de l’inquiétude, du découragement, de l’apathie que j’ai ressentie dans les rangs, il faudra dire qu’à intensité variable, elle nous traversait tous, qu’à cet instant, nous étions tous unifiés par le doute. Doute d’une époque confuse, d’une époque agitée de crises comme autant de spasmes, d’une époque au gout de fin des temps ; temps de la post-vérité, temps de la contre-révolution pop fasciste des libertariens, temps du nouveau régime climatique, temps de la fin, sale temps.
Comme elle suivait sans trop se mélanger, les chars d’organisations aux prérogatives diverses, la cohorte réunissait des Français. e. s aux trajectoires et aux histoires bien différentes. Ainsi vouloir brosser un portrait unifié et englobant de cette masse de marcheurs temporairement solidaires m’apparut in fine comme un effort destiné à échouer. Si l’échantillon d’un peuple de gauche était présenté ce jour-là, il se montrait volatile, composite, gazeux.
Si l’on parle de l’inquiétude, du découragement, de l’apathie que j’ai ressentie dans les rangs, il faudra dire qu’à intensité variable, elle nous traversait tous, qu’à cet instant, nous étions tous unifiés par le doute. Doute d’une époque confuse, d’une époque agitée de crises comme autant de spasmes, d’une époque au gout de fin des temps ; temps de la post-vérité, temps de la contre-révolution pop fasciste des libertariens, temps du nouveau régime climatique, temps de la fin, sale temps.